Tokyo Ghoul et Nietzsche : une rencontre entre philosophie et manga !

Tokyo Ghoul et Nietzsche : une rencontre entre philosophie et manga !

Quand un philosophe du XIXe siècle rencontre un manga du XXIe siècle

À première vue, rien ne semble rapprocher Friedrich Nietzsche, philosophe allemand du XIXe siècle, et Tokyo Ghoul, manga culte du XXIe siècle signé Sui Ishida. Pourtant, une analyse approfondie révèle des ponts fascinants entre la pensée du philosophe et les thématiques abordées dans l’œuvre. Cet article explore ces correspondances en montrant comment Nietzsche éclaire Tokyo Ghoul et, réciproquement, comment le manga enrichit notre compréhension de Nietzsche !

Furuta et le Nihilisme : une démonstration vivante

Furuta, antagoniste clé de Tokyo Ghoul, illustre à merveille le concept de nihilisme selon Nietzsche. La scène de sa mort offre une porte d’entrée puissante pour explorer cette notion philosophique !

Le discours de Furuta : le nihilisme à l’œuvre

Dans son dernier échange, Furuta prononce ces mots :

« Inspecteur spécial adjoint, n’as-tu jamais pensé que tout était vain ? Le fait de vivre, de mourir, de créer, de consommer… Rien n’a de valeur, rien n’a de sens. Tout est futile. […] Le monde est comparable à un coffre à jouets. On s’amuse tant qu’on peut, mais quand c’est l’heure, c’est terminé. Le coffre se ferme et ne s’ouvre plus. Toi-même tu es misérable inspecteur. Tu ne cesses de te débattre dans ce monde absurde. Tu es même venu seul jusqu’ici. SI tu n’avais pas rencontré Lize, tu n’aurais pas eu à jouer un rôle aussi fastidieux. Pas vrai ? »

Ce passage illustre le nihilisme dans sa forme la plus achevée : un rejet total de toute valeur et de tout sens. Furuta ne se contente pas de constater l’absurdité du monde, il la combat activement, en cherchant à anéantir le monde et lui-même, comme en témoigne son rôle dans l’éveil du “Dragon”.


Les trois degrés du nihilisme selon Nietzsche

Nietzsche distingue plusieurs niveaux de nihilisme, qui permettent de situer Furuta dans cette classification :

  1. Le nihiliste inconscient : Il croit en des valeurs transcendantes (Dieu, vérité universelle), mais déprécie la vie en rêvant à un au-delà.

  2. Le nihiliste inachevé : Il remplace les anciennes idoles (comme Dieu) par de nouvelles (Progrès, Nature) sans changer leur structure.

  3. Le nihiliste achevé :

    • Passif : Résigné, il abandonne la vie.

    • Actif : En révolte, il détruit les valeurs et les idoles sans chercher à reconstruire.

Furuta incarne le nihiliste actif. Conscient de l’absurdité du monde, il refuse de rester passif et mène une croisade destructrice. Son acharnement à manipuler les organisations et les personnages pour atteindre ses objectifs de chaos reflète sa volonté farouche de détruire tout ce qui constitue son monde. Furuta est donc un personnage complexe, déchiré entre son désespoir et sa rage contre l’existence.

Pourquoi Furuta touche les lecteurs

Furuta nous renvoie à notre propre incapacité à affronter le monde tel qu’il est. Comme lui, nous fuyons l’absurde à travers des distractions – réseaux sociaux, musique, divertissements – pour éviter de nous confronter à la vacuité. Cette résonance rend Furuta tragiquement humain, malgré ses actes monstrueux.


Kaneki et l’Éternel Retour : le surhumain de Nietzsche

À l’opposé de Furuta, Kaneki Ken, héros principal de Tokyo Ghoul, incarne la figure nietzschéenne du Surhumain. La scène de sa confrontation finale avec Furuta illustre cette posture philosophique.

Le discours de Kaneki : l’acceptation de la vie

Kaneki répond à Furuta avec ces mots :

« J’ai souffert, perdu des proches, commis des erreurs… Mais tout cela était nécessaire. Si c’était à refaire, je le referais. Ce monde ne va pas mal. Il est tel qu’il est. Même si tout se révélait vain, je continuerais à lutter. »

Kaneki affirme ici une vision du monde diamétralement opposée à celle de Furuta. Là où Furuta rejette l’existence, Kaneki l’accepte pleinement, avec ses douleurs et ses joies, ses succès et ses échecs. Cette attitude met bien en lumière la doctrine nietzschéenne de l’Éternel Retour (tiré du Gai Savoir, Quatrième livre, §341), une expérience de pensée qui questionne notre rapport à la vie :

« Si un démon te disait : “Cette vie, telle que tu l’as vécue, tu devras la revivre encore et encore, à l’identique” […] Accepterais-tu ? »

Kaneki répondrait “oui” sans hésiter. Pour lui, chaque événement de sa vie, même les plus douloureux, a une nécessité qui justifie son existence. En cela, il incarne l’Homme noble, voire le Surhumain, celui qui dit “oui” à la vie dans toute sa complexité.


La confrontation entre Furuta et Kaneki

Pourquoi Furuta est-il incapable de comprendre Kaneki ? Tout simplement parce que Furuta est prisonnier du nihilisme, alors que Kaneki l’a transcendé. Pour Nietzsche, dépasser le nihilisme implique de renoncer à toute quête de stabilité ou de sens ultime, et de créer de nouvelles valeurs en affirmant pleinement l’existence. Lorsque Kaneki traverse la rivière de sang pour affronter son destin, il assume l’intégralité de ses choix, même les plus sombres. Cette acceptation marque son passage vers la force intérieure décrite par Nietzsche. En revanche, Furuta, incapable de dépasser ses regrets, meurt consumé par son ressentiment. C'est pourquoi Furuta dit :

« Tu es vraiment le seul que je ne comprends pas. Je vais mourir dans cette sale caverne… J’emmerde tout… J’emmerde ce monde entier.»


Une métaphore philosophique dans Tokyo Ghoul

D'ailleurs, dans les dernières paroles de Furuta – « Je vais mourir dans cette sale caverne » – on peut voir un rappel de l’allégorie de la caverne de Platon, mais aussi l’appel de Nietzsche à briser les illusions. Furuta reste enfermé dans sa propre caverne mentale, incapable d’affronter la lumière crue de la réalité. Kaneki, en revanche, quitte la caverne en assumant pleinement la vérité du monde.


Conclusion

Tokyo Ghoul et Nietzsche se rencontrent sur le terrain de la philosophie existentielle. À travers Furuta, Sui Ishida explore les abîmes du nihilisme, tandis que Kaneki incarne l’aspiration nietzschéenne à dépasser ce vide en affirmant la vie. Cette double lecture enrichit non seulement le manga, mais aussi notre compréhension de la philosophie de Nietzsche, ce qui prouve que les œuvres de fiction peuvent être des terrains fertiles pour penser les grandes questions de l’existence !

Alors, lecteur, à ton tour : si l’on te proposait de revivre ta vie encore et encore, répondrais-tu comme Furuta ou comme Kaneki ?


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