Descartes, Lettre à Chanut du 6 juin 1647.

EXTRAIT EXPLICATION DE TEXTE | Descartes, Lettre à Chanut du 6 juin 1647

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Introduction

Le texte de Descartes porte sur le désir et la connaissance de soi, deux notions fondamentales en philosophie. Plus précisément, il interroge le rôle des associations inconscientes dans nos attirances et la manière dont la réflexion rationnelle peut nous amener à prendre du recul sur nos émotions spontanées. Descartes soutient que nos attirances amoureuses sont influencées par des expériences passées dont nous n'avons pas conscience. Nous sommes portés à aimer certaines personnes en raison d’une ressemblance avec un objet aimé précédemment, même si cette ressemblance peut être un défaut plutôt qu’une qualité. Toutefois, la prise de conscience rationnelle de ce phénomène permet de corriger ces inclinations et d'exercer un jugement plus éclairé avant de se laisser emporter par la passion. La question à laquelle répond ce texte est la suivante : Nos attirances sont-elles guidées par la raison ou par des déterminismes inconscients ? En d’autres termes, Descartes nous invite à nous interroger sur la liberté de nos choix amoureux : sommes-nous maîtres de nos désirs, ou bien ceux-ci sont-ils conditionnés par des expériences passées dont nous ignorons les effets ? Ce texte questionne la manière dont nos expériences passées influencent nos désirs présents, ce qui anticipe des réflexions modernes en psychologie sur le rôle de l'inconscient dans nos choix affectifs. Il pose le problème du contrôle de soi et du rôle de la raison dans la régulation des passions. Un être rationnel doit-il suivre aveuglément ses émotions ou les soumettre à un examen critique ? Il interroge aussi l’idée cartésienne du libre arbitre et du rapport entre la raison et les passions. Si nos attirances sont déterminées par des impressions passées, peut-on réellement parler de liberté dans nos choix amoureux ? Dans la conception commune, l'amour est bien souvent perçu comme une passion irréductible à la raison, une force mystérieuse et spontanée. Or, Descartes va à rebours de cette idée : il affirme que l’amour est influencé par des causes cachées, et qu’un individu raisonnable doit s’efforcer de comprendre ces causes pour mieux orienter ses choix. Nous pouvons découper ce texte en trois grandes parties : (Lignes 1-5, de « Lorsque » à « pour cela ») ou Descartes illustre comment une attirance amoureuse peut naître d’une association inconsciente avec une expérience passée, en prenant l’exemple de son propre amour d’enfance pour une fille ayant un strabisme. (Lignes 5-9, de « Au contraire » à « ce que c’est ») Il montre ensuite comment la réflexion permet de reconnaître les mécanismes cachés de nos désirs et de corriger nos inclinations. (Lignes 9-12, de « Et bien » à la fin du texte) Enfin, il tire une conséquence éthique et invite à la prudence : un homme sage ne doit pas se laisser emporter par la passion avant d’avoir évalué le véritable mérite de la personne aimée.

Voici le passage en question :

"Lorsque j'étais enfant, j'aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche ; au moyen de quoi, l'impression qui se faisait par la vue en mon cerveau, quand je regardais ses yeux égarés, se joignait tellement à celle qui s'y faisait aussi pour émouvoir la passion de l'amour, que longtemps après, en voyant des personnes louches, je me sentais plus enclin à les aimer qu'à en aimer d'autres, pour cela seul qu'elles avaient ce défaut ; et je ne savais pas néanmoins que ce fût pour cela. Au contraire, depuis que j'y ai fait réflexion, et que j'ai reconnu que c'était un défaut, je n'en ai plus été ému. Ainsi, lorsque nous sommes portés à aimer quelqu'un, sans que nous en sachions la cause, nous pouvons croire que cela vient de ce qu'il y a quelque chose en lui de semblable à ce qui a été dans un autre objet que nous avons aimé auparavant, encore que nous ne sachions pas ce que c'est. Et bien que ce soit plus ordinairement une perfection qu'un défaut, qui nous attire ainsi à l'amour, toutefois, à cause que ce peut être quelquefois un défaut, comme en l'exemple que j'en ai apporté, un homme sage ne se doit pas laisser entièrement aller à cette passion, avant que d'avoir considéré le mérite de la personne pour laquelle nous nous sentons émus."

René Descartes, Lettre à Chanut du 6 juin 1647.

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